L'histoire KCP

  • S'IL Y EN A UN QUI SAIT, C'EST BIEN ALBERT KOSKI. J'ENVIE MES CAMARADES DE LA PRESSE QUI VONT ALLER À SA RENCONTRE POUR EN SAVOIR PLUS. CAR ALBERT A ENTIÈREMENT INVENTÉ ET CRÉÉ LA PRODUCTION DE CONCERTS ROCKS EN FRANCE À UNE ÉPOQUE OÙ IL N'Y AVAIT PAS DE SALLE ADAPTÉE À LA FOULE QUE DRAINAIENT CES MESSES PAÏENNES DE LA JEUNESSE. EN GROS, UNCLE ALBERT A ORGANISÉ DES MILLIERS DE MINI-WOODSTOCKS PENDANT 15 ANS. A SES RISQUES ET PÉRILS.

    Texte Guillaume Durand


    ALBERT K. EST UN TRÉSOR POUR JOURNALISTE ! IL N’A ENCORE JAMAIS VRAIMENT RACONTÉ L'HISTOIRE DE SA VIE ÉLECTRIQUE. LUI QUI FÛT, LE PASSEUR INCONTOURNABLE AVEC SA SOCIÉTÉ KCP, DU ROCK'N'ROLL DES ANNÉES 70/ 80: WHO, PINK FLOYD, STONES. SANTANA, DYLAN, LED ZEPPELIN, BOWIE, ACDC, LOU REED ET TANT D'AUTRES. PENDANT 15 ANS, À PEU PRÈS 1300/1400 CONCERTS PAR AN. UN PEU PARTOUT EN EUROPE OU AILLEURS.

    Lui qui a échappé aux camps de concentration. Lui qui a débuté sa carrière à Wall Street. Lui qui a été l'agent des plus grands photographes du monde comme Richard Avedon ou encore. David Bailey. Lui, qui a aujourd'hui l'excellente idée de monter sur un châssis les tickets de ses concerts. Comme un véritable tableau. Ce qui donne à la fois une œuvre, une mélancolie, un souvenir et peut-être la trace de l'époque la plus particulière du XXème siècle en matière de création. Ce fût le moment, où les plus grands succès commerciaux planétaires étaient la quintessence de la créativité : Stanley Kubrick pour le cinéma ou les Beatles pour la musique Pop, intégrant Mozart et les distorsions dans des albums mythiques.

    Un après-midi, j'al eu l'idée saugrenue de passer chez lui pour essayer d'en savoir plus. Ses meilleurs souvenirs, ses cauchemars, les concerts les plus exceptionnels, les guitaristes de génie, les stars odieuses, la gentillesse de Bryan Ferry, la dope, le pognon, les jeunes-femmes... A peine avais-je franchi le seuil du magnifique bureau d'Uncle Albert, à portée de tir de la Tour Eiffel, que je compris que le vaudou s'était emparé de lui et que je n'aurai droit qu'à quelques pistes poétiques. Jeune, il ressemblait comme deux gouttes d'eau à Warren Beatty. La crinière noire et le sourire sauvage irrésistible. Aujourd'hui, Albert a gardé le pantalon pattes d'eph', le tee-shirt échancré, un bronzage qui se moque des nuages et une crinière de chef indien. Le sourire est intact. Les rides de la vie le marquent mais, vous le constaterez, une sorte de mystère plane autour de lui…

    A vous, chers confrères, de remettre tout ça dans l'ordre en allant à la rencontre d'Albert, ne serait-ce que pour admirer ses tirages, son sourire et sa personnalité.

    « Tu vois, Nicole Sonneville qui travaille avec moi aujourd'hui sur la presse, et bien en 1973, elle parlait à peine anglais je lui ai demandé de s'occuper des Who. On est parti avec eux aux États-Unis. C'était de la folie ! Bien pire que Led Zeppelin ! Ce sont eux qui balançaient des télés par la fenêtre des hôtels (...) Moi je ne suis pas important. Ce qui l'est, c'est la production des concerts ; car avant, ça n'existait pas. Live Nation a assassiné tous les producteurs de la planète. Mais à l'époque, quand j'ai commencé, le Dieu s'appelait Bill Graham. Il venait d'une famille juive-allemande qui avait connu les camps. Je l'ai rencontré lors d'un concert de Santana en Europe : il était leur manager. En 74, j'ai commencé le Pavillon de Paris que j'ai transformé avec Alice Cooper et Neil Young. Bill m'a dit : Let's be partners ! Je ne veux pas faire l'Europe, c'est trop compliqué. Il avait commencé notamment avec deux salies mythiques : le Fillmore-east et le Fillmore-west, c'est à dire San Francisco et New-York. C'était compliqué. Très souvent il ne savait pas ce qu'il allait se passer le soir-même. C'était souvent des Jam sessions avec différents groupes. Mais on était vraiment à une autre époque, notamment parce qu'il n'y avait pas de contrat alors, qu'aujourd'hui il y a des avocats partout. Mick Jagger par exemple, me disait ; « It’s ok for me ». Je me suis donné à fond. C'était un partenariat sublime, Mais au début des années 80. J'ai tout perdu. Je vais vous raconter un peu. Dans les grandes lignes....

  • Au tout départ, après avoir travaillé à Wall Street, je suis devenu agent de photographes. J'avais 22 ans. J'ai fait ça pendant 10 ans. J'étais alors marié à la dessinatrice de mode allemande Mouchy qui vivait sur la 79ème rue à New-York, chez LE mannequin du moment, Pauline Kiernan, la star des années 60. Beauté sublime sur Terre ! Le soir, on discutait tous ensemble. J'ai proposé aux photographes de les représenter et de fixer des droits d'auteurs pour ces artistes qui œuvraient aussi dans la pub. Irvin Penn et les autres ont fini par dire d'accord, on marche ! Je travaillais avec une vingtaine de photographes. Entre Paris, Londres, NY et le Japon. A Londres, j'avais un bureau Carlos Place dans Mayfair. Il ne faut pas croire que j'ai gagné beaucoup d'argent. Tous n'étaient pas très généreux. Et puis j'avais trop de frais. J'explique tout cet itinéraire car c'est comme ça que j'ai basculé vers le rock, en passant par la photo et le cinéma. Par Bailey j'ai connu Antonioni, Jack Nicholson, Pierre Cottrel qui était l'empereur des doublages et qui organisait des fêtes phénoménales. Antonioni voulait absolument que je travaille avec lui. On a commencé sur Profession reporter mais comme Dominique Sanda est tombée enceinte, le projet s'est arrêté pendant un an. J'ai vécu à L.A une période extraordinaire dans l'entourage de Steve McQueen, puisque j'habitais chez son meilleur ami.

    Comme je n'arrêtais pas de faire des allers-retours avec Paris et Londres, et qu'il fallait que je gagne de l'argent, j'ai fini par me greffer sur une tournée de Marc Golan et T-Rex qui a duré un mois et demi. Son succès, un peu oublié aujourd'hui, était incroyable. Les filles en étaient dingues et jetaient leur petite culotte sur scène ! Très vite, la plupart des agents du rock à Londres m'ont reçu de façon assez extraordinaire car ils ne voulaient plus travailler en France. Il n'y avait pas de salle à la dimension du rock ni aucune structure de production créative : backstages, gardes du corps, limousines, arrangements avec les hôtels, créativité des tickets, liaisons avec les autorités etc. etc. En 72, toujours l'argent. J'ai demandé 10 000 $ à un copain, contre la garantie d'un tableau de David Hockney pour un concert des Temptations à Pleyel. Le concert s'est vendu comme des p'tits pains et on a fini par en faire 4. Et là, tout démarre.

    Comme je suis américain il me faut une licence française, je me suis associé avec Christophe Cauchoix qui est mort deux années plus tard. En 74, j'ai vécu une expérience extraordinaire : j'ai produit au Brésil le génie Mickael Jackson alors âgé de 14 ans, membre des Jackson 5. Tout était à créer. C'est d'abord et avant tout ça que j'ai aimé. La production. Et la beauté de cette période. L'élégance de Bowie, la nécessité de créer vraiment, à partir de rien, des structures d'accueil comme les Abattoirs de la Villette ou le Pavillon de Paris. Parfois j'ai été jusqu'à demander l’aide de Valéry Giscard D'Estaing ou d'un simple électricien pour passer outre une interdiction ou pour réparer une coupure d'électricité qui m'avait obligé à renvoyer Bowie dans son hôtel. C'était quand même l'époque où pour moins de 15$, on pouvait voir les plus grands groupes du Monde, alors qu'aujourd'hui Madonna vend des places à plus de 400 euros. On a totalement changé d'époque.

    Il faut aussi savoir être critique et apprendre. J'ai accompagné Lily Passion, spectacle de Depardieu et Barbara, qui n'a pas été le succès attendu. J'ai littéralement inventé Jacques Higelin. Sur scène, il avait un talent fou ; mais il ne créait pas d'albums équivalents. J'ai monté Emilie Jolie. Pour l'occasion, j'ai d'ailleurs troqué l'ensemble du rouge du Cirque d'Hiver pour le bleu d'Higelin. Immense chantier ! Ça me fait d'ailleurs sourire qu'il existe encore au Cirque d'Hiver, une plaque de rue Emilie Jolie / Albert Koski (...)

    De toute façon, je n'ai pas le moindre regret. Mon rôle de producteur n'étant pas de me mettre en avant mais de rendre possible ce qui était totalement impossible en France au milieu des années 70 : produire du rock pour des foules gigantesques. Et produire des artistes qui ont changé la face du Monde. Et qui sont encore tout en haut de l’affiche. Tout ça a été fait avec une certaine grâce mais beaucoup de nuits d'angoisse, de folie et de passion pour le métier. On gérait parfois plusieurs concerts le même soir, dans des villes différentes distantes parfois de centaines de kilomètres.

    Que ces tickets de concerts deviennent des œuvres d'art accessibles me fait extrêmement plaisir. Simplement pour montrer que cette période extraordinaire a existée ».

    La conversation pourrait être éternelle comme un monde sans fin. Chers amis journalistes, Albert Koski vous racontera tout ça. Et à mon avis, vous n'êtes pas à l'abri de découvrir les histoires incroyables jusque-là restées taboues dans l'univers du Rock.

    Albert est un secret qui va parler !

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